Une chaleur de plomb de 10 h à 19 h pendant tout un été, une terre sèche qui se craquelle comment une plante peut-elle survivre dans telles conditions ? J’ai l’habitude de dire, avec un brin de chauvinisme, que les plantes méditerranéennes sont exceptionnelles. Il faut dire que, dans nos régions, les plantes réussissent un tour de force incroyable, survivre à deux mois sans pluie. Je vous propose de découvrir les secrets d’une telle résistance en nous penchant sur quelques espèces.

L’IMPORTANCE DE L’EAU
C’est bien connu, les plantes se contentent pour vivre d’eau et de sels minéraux ainsi que d’oxygène et de gaz carbonique. L’eau est puisée par les racines remonte par la tige pour arriver aux feuilles ou elle sera utiliser par la plante pour la combiner au gaz carbonique entré dans la feuille par de petits orifices appelés stomates et fabriquer ainsi (en simplifiant à l’extrême) du sucre, nourriture pour la plante. Le tout se fait grâce à l’énergie fournie par la lumière et entraine le rejet par la feuille d’un déchet (pour elle), l’oxygène.

S’il est possible de trouver les deux gaz dans l’air à volonté, l’eau et les sels minéraux sont par contre fournis par le sol qui en contient un stock variable en fonction de la saison et de la zone où se trouvent les végétaux. De plus, pendant que le gaz carbonique entre par les stomates la plante va également perdre de l’eau par évaporation. Lorsque l’eau se trouve en quantité limitée dans le sol, les racines envoient un message (chimique) aux feuilles et elles ferment leurs stomates. Sous climat méditerranéen, le stock d’eau est théoriquement reconstitué au cours du printemps, puis il baisse pendant tout l’été. Pendant cette longue période où la quantité d’eau disponible est limitée, les plantes méditerranéennes ne peuvent pas maintenir leurs stomates fermés ce qui entrainerait leur mort. Pour faire face à cette situation particulière, la plupart des plantes vont présenter des adaptations.

COURAGE FUYONS !
La plupart, mais pas toutes, car le plus simple est encore d’éviter la saison aride. Certaines herbes ont un cycle de vie d’une durée inférieure à un an. Si, en montagne, il est vital d’avoir fini son cycle avant l’arrivée du froid et de la neige, en Méditerranée la date butoir sera l’arrivée de l’été. Ainsi, les plantes annuelles sous climat méditerranéen commencent à germer à partir de l’automne pour fleurir au printemps, faire des graines et mourir avant l’été. La ptérothèque de Nîmes, nom barbare donné à une petite plante ressemblant au pissenlit, fleurit au mois d’avril et disparaît en été.

POUR VIVRE LONGTEMPS, VIVONS CACHÉS !
Mais il ne faut pas obligatoirement mourir pour éviter l’été. D’autres plantes, après avoir accumulé des réserves, font disparaitre leurs feuilles et résistent à l’été sous forme de bulbe ou de rhizome dans la terre. Les nombreuses orchidées fleurissant entre avril et juin sont réduites à des bulbes au cours de l’été.

FORAGES INTENSIFS
À l’approche de la fin des stocks de pétroles, l’homme se met à chercher le précieux or noir dans des endroits jusqu’alors inexplorés. Il cherche partout ; prêt à prélever jusqu’à la dernière goutte. Chez les plantes méditerranéennes, il existe également des espèces misant tout sur la recherche d’eau, dans ce cas les racines s’étendent dans la terre jusqu’à occuper un volume plusieurs fois supérieur à celui du reste de la plante. Aussi bien équipée, la plante ne manquera pas d’eau, en principe. Roi des égoïstes, le chêne kermès de nos garrigues résiste à la canicule estivale de cette manière quitte à priver d’eau les autres plantes.

LES PLANTES BARRAGES
Lorsque l’eau se fait rare, les grands travaux permettent de faire des réserves d’eau le long grand cours d’eau, les barrages alimentent ensuite les assoiffés des villes. La plante est incapable de réaliser de tels édifices qui détruisent ou déséquilibre un certain nombre d’écosystèmes, mais elle sait tout de même faire ses propres réserves. Chez les plantes dites « grasses « , la concentration importante de sels minéraux dans les feuilles ou les tiges capte l’eau comme un aimant et permet à l’organe d’accumuler le précieux liquide pour les jours difficiles. La forte concentration en sel bloque ainsi l’eau comme un barrage. Les orpins ou sedums sont des exemples de ces « plantes barrages « .

DOUBLE VITRAGE
Avec les orpins, nous sommes passés dans une autre catégorie de plantes, celles qui résistent à la sécheresse par une forme particulière de feuilles. Elles peuvent ainsi vivre pendant la saison sèche grâce à cette adaptation.

La plupart des plantes méditerranéennes possèdent des adaptations visant à réduire leur perte en eau ce qui réduit également leur prélèvement dans le sol. À l’instar de nos fenêtres à double ou triple vitrage qui gardent fraicheur ou chaleur, les feuilles peuvent aussi renforcer leur isolation. Pour empêcher la perte trop rapide d’eau par évaporation elles possèdent une épaisse cuticule couverte de cire. Cette couche isolante va, dans le même temps, par son aspect brillant, renvoyer les rayons solaires et la chaleur comme un miroir. Remarque : une imperméabilisation totale de la feuille serait mortelle pour la plante, aussi celle-ci concerne, en général la face supérieure, l’évaporation se faisant de façon réduite à l’ombre de la face inférieure.

Chêne vert, nerpruns alaterne et filarias sont quelques exemples de ces plantes à cuticule épaisse.

LES FEUILLES M’EN TOMBENT
Certaines plantes semblent avoir trouvé plus simple pour éviter la surchauffe. Les Eucalyptus, avec leurs feuilles pendantes, évitent de trop les exposer au soleil direct. Dans un registre un peu différent, les Spartiers, appelés souvent, et à tort, Genêt d’Espagne, perdent leurs feuilles en été et ce sont les tiges vertes qui prennent le relais. De façon plus générale, la majorité des plantes méditerranéennes réduisent leur évapotranspiration avec des feuilles petites, voire très petites.

BRUMISATEUR ET RÉFLECTEURS PARFUMÉS
Vous connaissez sans doute l’effet rafraichissant d’un brumisateur lorsque la chaleur se fait trop lourde. Bien avant l’homme, encore une fois, les plantes ont utilisé la brumisation pour lutter contre la chaleur et réduire leur transpiration. Les plantes aromatiques évacuent dans l’air leurs essences et luttent ainsi contre la chaleur. De plus, l’évaporation de ces liquides forme un écran contre les rayons solaires à la manière de réflecteurs. Thym, romarin et lavande présentent, entre autres, cette adaptation.

POILS PARASOLS
Pour ne pas mettre en danger nos jeunes enfants à la plage, outre la crème solaire, on les protège à l’ombre d’un parasol. Là encore, les plantes sont encore les pionnières en matière d’ombrelles. Si les moins résistantes poussent à l’ombre des forêts, les plus coriaces, les dures à cuire n’ont pas peur du soleil ardent et pour cause, chez elles, le parasol est intégré aux feuilles ! De nombreuses espèces ont adopté la fourrure pour l’été, non pas qu’elles soient frileuses, mais tout simplement parce que les poils protègent la surface de la feuille du soleil et la maintiennent à l’ombre tout en la préservant d’une trop grande évaporation de son eau. Chez le ciste cotonneux, abondant dans les garrigues, la surface de la feuille est couverte de poils étoilés, véritables parasols.

EFFETS SECONDAIRES ?
La plupart des adaptations à la sécheresse que nous venons de voir permettent à la plante de puiser moins d’eau dans le sol. Ceci a pour conséquence de ralentir la croissance de ces plantes. Même si la douceur permet à de nombreux arbres, arbustes et buissons de garder leur feuillage en hiver (feuillage persistant), la forêt méditerranéenne fait office de naine par rapport aux milieux forestiers à l’extérieur de cette zone aride. Mais ce qui peut sembler être un effet secondaire est aussi une bonne façon de s’adapter au climat. En effet, avec un volume occupé moins important, ces végétaux ont des besoins en eau plus faibles.

Autre conséquence de la vie en milieu aride, les feuilles, de ces plantes contiennent très peu d’eau en été ce qui les rend très inflammables. En plein été feuillus et conifères sont aussi vulnérables.

EN GUISE DE CONCLUSION
La zone méditerranéenne n’est pas uniforme, elle possède des collines et même des montagnes où le climat est plus humide. Le long des fleuves et des rivières et la face nord des collines sont d’autres zones plus fraîches. Ainsi, même si le climat méditerranéen a éliminé les plantes ne présentant pas les adaptations nécessaires, celles-ci peuvent trouver refuge ailleurs. Par contre, celles qui vivent sous climat aride vont présenter de nombreux points communs allant jusqu’à la taille et la forme des feuilles ce qui rend leur identification sans les fleurs quelquefois difficile. Mais attention, une plante aux feuilles velues ou coriaces n’est pas forcément méditerranéenne. Ces caractères sont aussi des atouts pour résister au froid par exemple. De même, il existe des plantes CAM aquatiques. Pour vivre sous climat méditerranéen, les plantes doivent être adaptées, mais ces adaptations peuvent se rencontrer en dehors de la zone méditerranéenne.

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